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Fest noz : une fabrique d’humanité 1/2

ReconAffiche fest noznu au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le fest noz est probablement l’expression la plus singulière et la plus emblématique de l’identité bretonne contemporaine. Singulière parce que le fest noz ne connaît aucun pendant comparable en Europe, et emblématique,  tant il sert de vecteur puissant aux manifestations d’à peu près toutes les   dimensions de la culture en Bretagne.

Contrairement aux idées reçues, le fest noz – la fête de nuit en français – est  une création récente qui date du début des années cinquante. A l’époque,  quelques passionnés de musique bretonne réunis autour de Loeiz Roparz ont  lancé la formule du côté de Poullaouen, au cœur des Monts d’Arrée. On peut  dire que cette création répondait à deux préoccupations principales:

–    redonner ses lettres de noblesse à une culture souvent mal perçue et mal  vécue au sortir de la guerre à cause de la compromission de certains  autonomistes bretons avec l’occupant allemand pendant la guerre,

–   sortir la culture bretonne du cadre rural où elle s’était cantonnée  jusqu’alors – la Bretagne n’a pas connu de révolution industrielle au  XIXème siècle – alors que le mouvement des populations vers les villes  devenait de plus en plus important.

Pour cela, l’idée géniale des inspirateurs du fest noz fut essentiellement de  transposer dans un contexte plus urbain les fêtes communautaires qui se  donnaient traditionnellement dans les fermes à l’occasion d’évènements  familiaux ou de travaux importants. En Bretagne, ces fêtes constituaient
presque toujours pour les habitants d’un village une occasion assez rare de  danser sur les airs d’un couple de sonneurs invités ou payés pour la  circonstance.

Parfois même la musique et la danse dépassaient le cadre du  divertissement pour être utilisés à des fins plus productives : c’est par  exemple le cas de la danse plinn, qui servait à piler le sol en terre battue des  maisons neuves. Instruments et danses étaient variés selon les différents  terroirs bretons : le couple bombarde – biniou koz était le plus fréquemment  mis à contribution, mais la clarinette, le violon, la veuze ou l’accordéon  tenaient aussi une place plus ou moins importante selon les régions.

En tous  cas, cette tradition de fêtes où musiques et danses traditionnelles étaient  associés était extrêmement vivace et populaire partout en Bretagne au début  du XXème siècle, donnant aussi lieu à de sévères libations, tant le penchant  des Bretons pour l’ivresse ne date pas d’hier.

Le fest noz, pour être certes une création récente, ne s’inscrit donc, pas moins dans la continuité d’une culture qui a toujours su s’adapter à un  environnement mouvant. Dans’ les années 70, porté par la vague folk et  contestataire, le fest noz connaît un engouement exceptionnel qui dépasse
largement les frontières historiques de la Bretagne et devient le point de  ralliement de toute une jeunesse en mal d’enracinement. Il comporte alors un  fort accent revendicatif et sert souvent d’appui financier à toutes sortes de  manifestations plus ou moins politiques ou humanitaires.

En perte de vitesse  dans les années 80, il connaît un vif regain d’intérêt au début des années 90
pour devenir aujourd’hui un élément incontournable d’un paysage culturel  breton. Des festou-noz de toutes tailles, du plus modeste  au plus gigantesque, sont ainsi organisés tout au long de l’année dans tous  les coins de Bretagne et dans tous les contextes imaginables, servant à peu près toutes les causes et les bonnes occasions de faire la fête: du festival de  Lorient à l’Ecole de Commerce de Rennes, de l’Amicale des Pompiers de  Baud au festival de Cornouaille, le fest noz est devenu omniprésent et sa
fréquentation rivalise sans mal avec celle des boîtes de nuit. Concept simple  et mouvant, il s’adapte à toutes les circonstances, et connaît même  désormais des versions rave-noz. C’est un cas unique en Europe de fête  traditionnelle où celui qui s’y rend n’est pas cantonné au rôle de spectateur.
Le fest-noz ne tient pas du folklore: il est l’expression d’un peuple vivant qui  aime bien faire la fête ensemble.

Que faut-il pour faire un bon fest noz?

D’abord, il faut un minimum de monde, ou plus exactement, un nombre de participants bien adapté au cadre. Un fest noz intime dans une cour de maison peut très bien être excellent avec une dizaine de personnes. Par contre, un méga fest noz aura besoin de dix à vingt mille enthousiastes pour
donner toute sa mesure.

Si possible, il faut aussi que la population soit diversifiée : des mâles et des femelles, des très jeunes, des jeunes et des moins jeunes, des ruraux et des urbains, des danseurs expérimentés et des néophytes, des indigènes et des étrangers, des calmes et des excités, des soûls et des non-soûls pour ramener les soûls à la maison.

La première qualité d’un fest noz, c’est en effet avant tout la qualité des gens qui y participent: la biodiversité y est de rigueur.

Ensuite, il faut bien sûr de bons musiciens et de bons chanteurs. Là aussi,  c’est surtout la géographie du fest noz qui guidera le choix. Un petit fest noz  entre amis peut se contenter de deux chanteurs et d’un couple de sonneurs,  mais le grand, le fest noz vraz, réclame des groupes de réputation mondiale.

 

Suite dans un autre billet

Un commentaire pour “Fest noz : une fabrique d’humanité 1/2”


  • En somme, exactement l’esprit et la lettre de BREIZH MUSIC !
    La musique, la danse (et au-delà : tout ce qu’on peut générer comme cultures) sont certainement les seules traces valables de ce que fabrique un peuple sur cette planète, ses seules vraies contributions à une humanité qui se pétrit bien mieux dans l’altérité que dans l’identique. Alors merci pour cette nouvelle trace, ce nouveau sillon creusé ha bevet Breizh Music !



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